Partie 1 : l’éternel retour de l’Histoire

Présentation de L’angle

Dans son traité De la guerre, publié de manière posthume par sa femme en 1832, le général prussien Carl von Clausewitz décrit la guerre comme « la continuation de la politique par d’autres moyens ». Pour souligner que celle-ci est, avant tout, soumise à des finalités politiques.

L’Histoire nous enseigne que chaque guerre est précédée de gros média-mensonges.

Une prétendue agression de deux navires présentée par les Etats Unis comme prétexte pour lancer des raids sur les positions communistes au Vietnam. La capsule brandie par Colin Powell devant le Conseil de sécurité des Nations unies comme preuve suffisante de la présence d’armes de destruction massive entre les mains de Saddam Hussein, justifiant ainsi l’intervention américaine en Irak. Ou encore, l’Afghanistan, tenu, après coup, responsable pour le 11 septembre 2001…

Et comme à chaque fois, l’instrumentalisation massive de l’information se poursuit pendant la guerre pour servir d’écran de fumée et masquer la réalité hideuse des hostilités.

Le conflit actuel entre l’Ukraine et la Russie ne déroge pas à la règle, au point que l’émotion devient totalitaire avec un emballement médiatique qui fait parfois dans le spectacle.

Mais la guerre est, aussi, au fond, le prolongement de l’économie. Une économie, en l’occurrence, mise à mal par le conflit en Ukraine, qui menace d’entraîner le monde en récession, et met en évidence de nombreuses interdépendances, notamment, entre l’Union Européenne et la Russie, dont les gisements gaziers et pétroliers sont indispensables au bon fonctionnement de l’Europe.

– Quelles sont alors les vraies raisons derrière l’offensive Russe ?
– Quel impact du conflit actuel sur l’économie mondiale ?

L’échange suivant est une prise de recul constructive avec deux virtuoses de la géopolitique Rachid Achachi et Youssef Hindi.

Sommaire

  • 00:02 Introduction
  • 02:48 La crise sanitaire marque-t-elle une rupture fondamentale dans le déroulement de l’histoire ?
  • 11:17 Traitement de l’information et fabrique du consentement en temps de guerre
  • 26:30 Le Dombass
  • 58:55 Censure de RT : l’Europe entame-t-elle un virage vers un régime de démocratie illibérale ?
  • 43:26 Conflit en Ukraine et les limites du libre-échange
  • 01:05:40 Perspectives

Partie 2 : À quoi joue le Kremlin ?

Présentation

La guerre en Ukraine revêt un enjeu central dans le contrôle du heartland. Le heartland, est théorisée par le géographe britannique Helford John Mackinder dans son célèbre article “The Geographical Pivot of History”, comme le « pivot géographique mondial », est un immense territoire qui s’étend de la Volga au Yangtze, et de l’Himalaya à l’Arctique. Et selon le père fondateur de la géopolitique moderne : « Qui contrôle l’Europe de l’Est contrôle l’Heartland. Qui contrôle l’Heartland contrôle l’Île Monde. Qui contrôle l’Île Monde contrôle le monde. » Mais, on a beau multiplier les exemples d’auteurs qui établissent un parallèle entre l’invasion russe et le rôle fondamental de cette région pivot, voyant dans ce parallèle la preuve de la grande stratégie de la Russie et du bouleversement de l’ordre mondial, les intentions affichées par Moscou demeurent nébuleuses. A en croire un article publié le 16 mars dernier par le Financial Times, le plan de neutralité au cœur des pourparlers de paix entre Russes et Ukrainiens, exige, évidemment, de  Kiev de renoncer à ses ambitions de rejoindre l’OTAN, et à accueillir éventuellement, des bases militaires ou d’armements étrangers, en échange de la protection d’alliés tels que les États-Unis, le Royaume-Uni et la Turquie. Se pose dès lors la question de savoir, quel intérêt aurait la Russie à négocier un protectorat anglo-américain pour l’Ukraine ? Et pourquoi le Kremlin se montre prudent sur la dialectique en qualifiant par exemple son intervention en Ukraine d’« opération spéciale militaire ». Pourtant, cette guerre ne fait pas totalement abstraction du contexte géoéconomique. L’invasion de l’Ukraine par la Russie s’avère après coup un catalyseur de la démondialisation, voir comme le souligne Jacques Sapir,  l’économiste spécialiste de la Russie de « désoccidentalisation du monde ».  En effet, selon les statistiques du FMI, le poids des pays du G7 dans l’économie mondiale suit un trend baissier depuis les années 80. De 50% en 1980, le poids du G7 dans le PIB mondial a chuté à 34% en 2010, à 31,2% en 2020.  En face, l’Organisation de Coopération de Shanghai (OCS) gagne nettement du terrain depuis la fin des années 2000. En cela, la dernière décision historique de Poutine d’exiger le paiement du gaz en contrepartie du rouble ne pouvait qu’appuyer ce processus irréversible… Est-ce pour autant, la fin d’un monde unipolaire atlantiste ? Des questions auxquelles, Karine Bechet Golovko, docteur en droit public et professeur invité à l’université d’État de Moscou, et Rachid Achachi, expert en géopolitique, tenteront d’apporter des éléments de réponse. 

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